Romans

Fortunio

Ce roman a paru en feuilleton dans Le Figaro, entre le 28 mai et le 24 juillet 1837, sous le titre L’Eldorado. Les feuilles de ce journal ont été ensuite utilisées pour constituer deux éditions du romans : l’une gardant le titre L’Eldorado appartient aux « Publications du Figaro » (1837), l’autre paraît en mai 1838 chez Desessart, sous le titre Fortunio (édition à laquelle est adjointe une préface). En 1840, Delloy propose une nouvelle édition du texte ; en 1845, Fortunio est repris dans les Nouvelles.

Gautier a emprunté à Musset le nom du protagoniste de Fortunio, qui est un personnage du poème « Suzon » (1831) et et la pièceLe Chandelier (1835).

Sainte-Beuve publie en 1838 un article sévère à l’égard de Gautier dans La Revue des Deux Mondes, et le passage consacré à Fortunio est totalement négatif. Balzac lui aussi est déçu par Fortunio.

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Mademoiselle de Maupin

Mademoiselle de Maupin, double amour est le titre donné par Gautier à ce roman paru en novembre 1835 en deux volumes (l’un daté de 1835, l’autre de 1836) chez Renduel, et qui a pour héroïne l’androgyne Madeleine d’Aubigny-Maupin, actrice et cantatrice française ayant vécu au XVIIIe siècle. Théophile Gautier a travaillé deux ans à ce roman, après avoir signé un contrat avec l’éditeur Renduel en septembre 1833 : l’auteur devait livrer le manuscrit en février 1834, mais c’est seulement en septembre 1835 que Gautier le remet à l’éditeur. Mademoiselle de Maupin est un échec de librairie ; Renduel tente alors une deuxième parution en 1837, espérant que le succès de Fortunio (voir ci-dessous) jouerait en sa faveur, mais il n’en est rien. La fortune du roman vient plus tard, à partir de 1851, quand Charpentier en sort une édition « revue et corrigée », réimprimée 23 fois entre 1851 et 1883 ; le sous-titre « Double amour » a alors disparu, et la préface a été largement censurée par Gautier. C’est cette dernière version qui est le plus souvent adoptée dans les publications ultérieures[1].

La préface de Mademoiselle de Maupin est particulièrement célèbre. Gautier y répond aux attaques du Constitutionnel à son encontre : Gautier publie alors la série des Grotesques dans La France littéraire, et ses opinions ne sont pas du goût de tous. Le procès qui s’ensuit ne satisfait pas Gautier, qui s’érige alors, dans la préface de son roman, contre le journalisme moralisateur.

Si Mademoiselle de Maupin est globalement mal reçu de la critique, même dans les journaux amis de Gautier, quelques contemporains de l’auteur sont très admiratifs du roman et de sa préface : Baudelaire, dans un long article consacré à Gautier (L’Artiste, 1859), fait l’éloge de ce roman, et Balzac, qui demande à rencontrer Gautier après avoir lu Mademoiselle de Maupin, mentionne l’oeuvre dans la préface de son roman Un Grand Homme de province à Paris. Victor Hugo aurait publié dans le journal Vert-Vert du 15 décembre 1835 un article élogieux, qui n’est toutefois pas signé (lire l’article) ; et Alphonse Esquiros en a rédigé un autre pour La Presse du 14 octobre 1836.

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[1] Pour la première version, voir notamment le recueil Oeuvres, choix de romans et de contes, éd. établie par P. Tortonese, Robert Laffont, 1995 ; mais aussi “Introduction”, in Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin (Oeuvres complètes. Romans, contes et nouvelles), éd. A. Geisler-Szmulewicz, Paris, Honoré Champion, t. 1, 2004, p. 7-72.

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La Croix de Berny : roman steeple-chase

Ce roman épistolaire à plusieurs mains a paru dans La Presse entre le 9 juillet et le 10 août 1845. Il est est l’oeuvre commune de Théophile Gautier, Delphine de Girardin (sous le pseudonyme de Vicomte de Launay), Jules Sandeau et Joseph Méry. Il avait été annoncé dans Le Presse du 7 juillet 1845, comme « une peinture de la vie humaine et de ses passions, où les événements se dérouleront, sans combinaison préméditée, comme ils tombent dans notre existence, chaque heure et chaque jour, avec leur joie ou leur douleur. » C’est donc un tournoi littéraire, sur le modèle des tournois équestres de steeple-chase, que proposent Gautier et ses trois co-auteurs, chacun sous le nom d’un personnage différent : « (…) l’imagination des auteurs inventera des situations, des incidents, des difficultés que chacun d’eux à son tour devra franchir dans un élan de rivalité amicale, ce qui justifiera en quelque sorte le titre de ce roman, où les quatre écrivains lutteront de style et d’esprit, comme dans un steeple-chase on lutte de vitesse et d’intrépidité », mentionne encore le prospectus.

Selon Sainte-Beuve, Gautier a envoyé la dernière lettre de son personnage, Edgar de Meilhan, du camp de Ain-el-Arba (Algérie), où il l’aurait écrite.

Le roman a été réimprimé en 1846, puis en 1855 (Librairie nouvelle, Paris), et enfin en 1863.

Le succès du roman a donné à La Presse l’idée d’un feuilleton intitulé « La Croix de Berny (Courrier de Paris) », pour lequel écriraient les quatre auteurs à partir de janvier 1847. Jusqu’alors, c’était Madame de Girardin qui tenait seule cette rubrique, simplement intitulée « Courrier de Paris ».

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Les Roués innocents

Ce roman a paru dans La Presse du 19 au 30 mai 1846, qui l’avait annoncé dès 1844 sous le titre de « Sénande et Lucinde, ou Les Roués innocents ». Il a été repris en volume en 1847, puis en 1853, et enfin dans une parution commune avec Jean et Jeannette (voir ci-dessous) en 1862 (datée 1863).

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Les Deux Etoiles / Partie Carrée / La Belle Jenny

Ce texte a paru dans La Presse entre le 20 septembre et le 15 octobre 1848. Il a ensuite été repris en volume  sous le titre de Partie carrée (1851) avec, dans le troisième et dernier volume, Le Club des hachischins et Le Chevalier double. Enfin, il a reparu dans le journal L’Univers Illustré sous le titre La Belle Jenny entre juin et septembre 1865, et a été édité en volume la même année.

Selon Lovenjoul, c’est le titre de Partie Carrée qui sied le mieux au roman. Il indique, dans son Histoire des oeuvres de Théophile Gautier (vol. 1, p.399), que toutes les éditions omettent quelques lignes dans le dernier chapitre, fin du premier paragraphe :

L’attente de l’être aimé allumait dans sa beauté une clarté intérieure qui la rendait rayonnante. Il est si doux, dans ces instants-là, de se sentir si belle et d’augmenter l’amour par l’admiration !

Blanche, rose, éclatante, avec sa robe qui semblait taillée dans les pétales d’une fleur, et sa tunique de gaze, plus frêle et plus transparente que les ailes des libellules, rattachée par des bouquets pareils à ceux de sa coiffure, elle avait l’air d’une sylphide qui se passait le caprice d’aller en soirée.

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Jean et Jeannette, histoire rococo

Ecrit en 1850, ce roman paraît être une reprise étoffée et plus « sérieuse » (car la morale y est réintroduite) de la nouvelle publiée par Gautier en 1836, Le Petit Chien de la Marquise. Jean et Jeannette a été publié dans La Presse du 9 au 26 juillet 1850, puis parut en volume la même année, à deux reprises, accompagnée d’une nouvelle non signée, Une Aventure de bibliophile (écrite par Paul Lacroix et déjà parue en 1849). En 1852, Jean et Jeannette a été repris dans Un trio de romans (Lecou), et en 1862 (daté 1863), accompagné des Roués innocents (voir ci-dessus), un volume portant ces deux titres.

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Militona

Ce roman a paru en en feuilleton dans La Presse du 1er au 16 janvier 1847. Il a été repris en volume chez Dessesart la même année, puis dans Un trio de romans en 1852, avec Jean et Jeannette (voir notice ci-dessus). En 1855 et 1859 (daté 1860), il a reparu seul en volume. ces deux dernières éditions ont eu plusieurs tirages différents (v. Lovenjoul, t.1, p.360).

Il doit beaucoup aux récits de Voyage de Espagne de Gautier, mais aussi au théâtre de Gautier, dans lequel l’Espagne est également très présente.

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Avatar

Avatar a paru en onze feuilletons dans le Moniteur Universel, du 29 février au 3 avril 1856. L’éditeur Hetzel devait publier ce roman, mais deux contrefaçons belges parues aussitôt après la publication dans le Moniteur Universel le découragèrent. Après avoir menacé de faire éditer son œuvre ailleurs, Gautier finit par proposer d’insérer Avatar dans une série de courts romans intitulée « Le fantastique en habit noir », et qui regrouperait quatre textes de Gautier : AvatarPaul d’Aspemont ou le Jettatore, et deux autres qui n’ont jamais vu le jour (Le Hachich et Le Magnétisme). Hetzel finit par accepter, et Avatar parut en mai 1857 dans la « collection Hetzel » chez Michel Lévy. Ce roman fut ensuite repris dans les Romans et contes parus en 1863 chez Charpentier.

Le thème d’Avatar, la transfiguration des âmes, tient alors une place de choix dans la littérature : en 1830, le Mercure de France au XIXe siècle avait publié « La Métempsycose » de l’écossais Robert Mac Nish, et Nerval était très friand de ce thème (on le retrouve notamment dans Aurélia et dans « Le Comte de Saint-Germain ») ; le Théâtre du Palais-Royal a donné en 1844 un vaudeville intitulé Les Âmes en peine ou la métempsycose, que Gautier fut un des seuls à apprécier (il en rend compte dans La Presse du 22 janvier), et qui y puisa beaucoup pour Avatar. En 1852, Baudelaire avait publié la traduction d’une nouvelle de Poe, Les Souvenirs de M. Auguste Bedloe, histoire de réincarnation ; la même année, Maxime Du Camp a publié une nouvelle, L’Âme errante, souvenir des existences antérieures. La métempsycose donne aussi naissance au thème du double, déjà traité par Gautier dans Le Chevalier double (1840). Et le magnétisme mis en œuvre dans Avatar pour dissocier les âmes des corps est présent dans de nombreux textes du XIXe siècle (chez Hoffmann ou F. Soulié par exemple). C’est là encore un thème cher à Gautier, qui l’a traité dans son ballet Gemma en 1854. L’Inde tient une place centrale dans Avatar, et dans l’imaginaire exotique de Gautier, aux côtés de l’Egypte : Gautier était un grand lecteur de textes indiens et liés à l’Inde (Le Dieu et la bayadère de Goethe, par exemple), et a situé l’intrigue du ballet Sacountala dans ce pays.

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Le Roman de la momie

Ce roman a paru en feuilleton dans Le Moniteur Universel entre le 11 mars et le 6 mai 1857. En avril 1858, Hachette le publie en volume, et Charpentier en donn trois nouvelles éditions entre 1870 et 1888.

Ce roman est dédié à Ernest Feydeau, auquel Gautier devait beaucoup de ses connaissances sur l’Egypte : Feydeau avait en effet publié une Histoire des usages funèbres et des sépultures des peuples anciens (1856-1861), dans laquelle la description de Thèbes a beaucoup inspiré Gautier pour Le Roman de la momie. Feydeau et Gautier s’étaient liés d’amitié en 1856, après que Gautier ait écrit une critique élogieuse du premier volume de cette Histoire. Et Feydeau a aidé Gautier à collecter de la documentation pour préparer son roman. Gautier a eu du mal à trouver un éditeur pour ce texte, malgré notamment le soutien de Baudelaire, car les éditeurs paraissent trouver son roman trop compliqué : E. Templier, gendre et collaborateur d’Hachette, écrit à Gautier son opinion : le livre lui semble « appelé à un très petit succès » (20 novembre 1857).

L’Egypte occupe une place importante dans l’œuvre de Gautier : Une Nuit de Cléopâtre (1838), Le Pied de momie (1840), les « Nostalgies d’obélisques » reprises dans Émaux et Camées en 1852, mais encore les nombreux articles que Gautier consacre aux peintres orientalistes ou à des spectacles d’influence égyptienne. C’est avant tout l’Egypte musulmane et moderne qui fascine Gautier, même si l’Antiquité reste très présente.

On sait que la parution du Roman de la momie poussa Flaubert à renoncer à son projet de roman égyptien, qu’il transforma pour donner Salammbô.

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Jettatura

Dès 1853, Gautier avait promis à Emile de Girardin, directeur de La Presse, d’écrire un conte sur la jettatura. Le texte se fait attendre, et Gautier quitte La Presse pour Le Moniteur Universel, qui publie Jettatura sous le titre « Paul d’Aspremont » en quinze feuilletons, du 25 juin au 23 juillet 1856. En juin 1857, Michel Lévy publie le texte en volume dans la « Collection Hetzel », sous le titre définitif de Jettatura. En 1863, le roman est repris dans les Romans et contes (Charpentier).

Deux textes poétiques sont liés à la rédaction de ce roman : « L’Aveugle » (troisième édition d’Emaux et Camées, 1858) et « Marine, fragment d’un poème inédit » (Poésies complètes, Charpentier, 1876), intitulé « Le Jettator » dans le manuscrit de Gautier. La jettatura désigne le mauvais œil, le fait de jeter le mauvais sort sur quelqu’un : il s’agit d’une superstition napolitaine, que Stendhal avait fait connaître en France dans Rome, Naples et Florence en 1817. Mérimée est le premier à en faire un thème littéraire, dans La Guzla, ou Choix de poésies illyriques, recueillies dans la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l’Herzégovine (1827) ; le poème « Maxime et Zoé » a sans doute beaucoup influencé l’écriture de Jettatura. Si Gautier, Mérimée, mais aussi Joseph-Mathurin Brisset (Le Mauvais œil, tradition dalmate, 1833) ont repris le jettatore dans des histoires dramatiques, ce personnage est souvent tourné en dérision dans les productions de l’époque : Roger de Beauvoir et Hippolyte Lucas en donnent des versions comiques, mais aussi la comédie Le Jettator jouée au théâtre du Palais-Royal en 1841.

Gautier éprouvait une crainte réelle de la jettatura, et portait toujours sur lui une branche de corail sensée l’en préserver, a indiqué Judith Gautier dans Le Second Rang du collier (1903) : Jacques Offenbach semblait à l’auteur un jettatore redoutable, et Gautier refusait d’assister aux représentations de ses œuvres.

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Le Capitaine Fracasse

La première mention du Capitaine Fracasse date de 1836 : Gautier en annonce la parution dans le catalogue de l’éditeur Renduel. Le roman n’est alors pas même commencé, et il ne paraît que 25 ans plus tard, du 25 décembre 1861 au 18 juin 1863, dans laRevue nationale et étrangère, avant d’être repris en volume chez Charpentier en 1863. Gautier avait signé avec François Buloz un contrat pour la publication du roman, en 1845, dans La Revue des Deux Mondes : Gautier n’honorant pas son engagement, un procès eut lieu en 1851, procès au terme duquel Gautier s’engageait à travailler pour ce journal, afin de rembourser l’avance versée par le journal pour le roman. Mais Gautier ne fournit pas suffisamment d’articles, et un deuxième procès s’ouvrit, qui n’eut une heureuse conclusion que grâce au riche banquier Jules-Isaac Mirès, qui paya la dette de Gautier à La Revue des Deux Mondes. C’est ensuite dans La Revue de Paris, dirigée par Gautier lui-même, que fleurirent les promesses de parution entre 1853 et 1856. Finalement, Charpentier, qui dirigeait alors la Revue nationale et étrangère, propose à Gautier de le payer au fur et à mesure de l’écriture et de la publication, pratique peu courante mais efficace, puisque c’est à cette date que Gautier se consacra vraiment au Capitaine Fracasse.

Après sa parution, le roman connut un très grand succès, et dut être réimprimé quatre fois en 1864. En 1866, Charpentier décida de demander à Gustave Doré d’en donner soixante illustrations.

Le projet de Gautier pour Le Capitaine Fracasse était celui d’un grand roman comique d’inspiration baroque, sa référence étant Le Roman comique de Scarron (1651-1657). Gautier emprunte à ce texte le milieu des comédiens ambulants et le triangle amoureux. L’œuvre de Scarron est aussi une source d’inspiration tant thématique que stylistique, ainsi que les poèmes de Saint-Amant ou La Comédie des comédiens de Scudéry. Enfin, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister (1795-1796), roman traduit par Théophile Gautier fils en 1861, a été aussi une référence pendant l’écriture du Capitaine Fracasse. Par ailleurs, Gautier s’appuie sur de multiples ses références artistiques, dont celle qu’il cite dans la préface de son roman : Jacques Callot et Abraham Bosse.

Sainte-Beuve a écrit un long article sur Le Capitaine Fracasse, dans lequel il affirme que Gautier a parfaitement intégré les maîtres dont il a souhait ici reprendre l’héritage.

Lire le texte sur Gallica (tome 1)

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Spirite

Spirite, nouvelle fantastique, a paru en feuilleton dans le Moniteur Universel du 17 novembre au 6 décembre 1865, puis en janvier 1866, Charpentier a repris le texte seul, en volume.

Dès la fin de l’année 1861, Gautier annonçait la parution d’un conte intitulé Spirit : avant même de commencer à l’écrire, il semble que l’auteur ait eu des hésitations sur le titre, avec ou sans e final ; les deux orthographes apparaissent d’ailleurs dans le texte du manuscrit.

Gautier avait signé un contrat avec l’éditeur Hetzel pour Jettatura, le 15 novembre 1856, dans lequel l’auteur s’engage à fournir également deux petits romans (qu’il n’a jamais écrits) : Le Haschich et Le Magnétisme. C’est ce dernier qui pourrait être à l’origine de Spirite, selon Spoelberch de Lovenjoul. C’est en 1863 que Gautier a commencé la rédaction de Spirite, nous apprend le journal d’Eugénie Fort ; mais il s’interrompt rapidement, et n’en reprend l’écriture qu’en 1865, au cours d’un séjour à Genève chez Carlotta Grisi, avec laquelle il a renoué une liaison amoureuse. Mais l’écriture traîne, car Gautier manque d’inspiration.

Carlotta Grisi a beaucoup inspiré Gautier, qui lui écrit le jour de la publication du premier épisode : « Lisez, ou plutôt relisez, car vous le connaissez déjà, ce pauvre roman qui n’a d’autre mérite que de refléter votre gracieuse image, d’avoir été rêvé sous vos grands marronniers et peut-être écrit avec une plume qu’avait touchée votre main chérie. L’idée que vos yeux adorés se fixeront quelques temps sur ces lignes où palpite sous le voile d’une fiction le vrai, le seul amour de mon cœur, sera la plus douce récompense de mon travail » (Correspondance générale, IX). D’ailleurs, Gautier fait imprimer par Claye un exemplaire unique de son roman, avec une dédicace à l’adresse de Carlotta Grisi :

Disons, ici, pour le désespoir des bibliophiles, qu’il existe un seul et unique exemplaire de la première édition de Spirite, tiré pour Madame Carlotta Grisi, qui contient une dédicace imprimée dont on ne possède aucune copie. Pour comble de malheur, ce volume, relié en veau bleu, a été perdu ou volé, soit à Genève, soit en Espagne pendant un séjour qu’y fit la créatrice de Giselle et de la Péri en 1870-1871. Cette édition de Spirite a été imprimée chez Claye (…).

(Spoelberch de Lovenjoul, Histoire des oeuvres de Théophile Gautier, 1887, II, 311-12, n° 2016)

Si Spirite rencontre le succès chez les amateurs de littérature, le roman jouit aussi d’un autre succès, plus inattendu : les médiums et magnétiseurs en tous genres envoient à Gautier des courriers enthousiastes. Gautier croit au magnétisme, très en vogue dans la première moitié du XIXe siècle, et a assisté à des séances en présence de magnétiseurs et de somnambules, avec d’autres écrivains dont Victor Hugo. Déjà dans son ballet Gemma, en 1854, Gautier explorait  le magnétisme, d’où certainement sa première idée de roman intitulé Le Magnétisme. Le spiritisme, apparu aux Etats-Unis en 1847, a été très vite importé en France : Delphine de Girardin, amie de Gautier (avec laquelle notamment il a écrit La Croix de Berny, voir ci-dessus), le pratique dès 1853. Mais Gautier, contrairement à Victor Hugo, reste très sceptique.

Allan Kardec, chef de file des spirites français, auteur du réputé Livre des médiums, rédige pour La Revue spirite, qu’il dirige, deux articles sur le roman de Gautier, dans lesquels il félicite l’auteur d’avoir si bien compris ce qu’est le spiritisme, et regrette que Zola ne l’ait pas pris au sérieux – Zola considère que Gautier s’est aventuré dans le spiritisme pour « le seul plaisir de décrire à sa guise des horizons imaginaires » (Œuvres complètes, éd. Henri Mitterand, Cercle du livre précieux, 1969, vol. X, p.370-372). Gautier a voulu se conformer à la doctrine spiritique de son temps, et particulièrement en ce qui concerne les formes et les techniques de l’évocation, et l’écriture médiumnique comme moyen de communication entre les vivants et les morts. Gautier s’inspire également de Swedenborg, dont il avait déjà apprécié l’influence dans Séraphîta de Balzac (1835) ; d’ailleurs, peut-être Gautier a-t-il eu connaissance des théories de Swedenborg seulement par le biais de cette nouvelle. Gautier mentionne aussi d’autres sources d’inspiration : au début de Spirite, Malivert lit « Evangéline », poème de Longfellow traduit de l’anglais au moment où Gautier rédigeait Spirite, et dans lequel il a sans doute trouvé le schéma de la séparation des forcée amants, leur longue quête infructueuse pour se revoir, et leurs retrouvailles dans la mort. Pour les femmes mortes qui réapparaissent sous la frome de fantômes, Gautier s’est sans doute inspiré des nouvelles de Poe qu’il cite d’ailleurs à plusieurs reprises dans Spirite.

Paul Deltuf a donné un compte-rendu de Spirite dans la rubrique  »Les Livres nouveaux » du Grand Journal du 1er avril 1866.

Lire le texte sur le site de la Mount Allison University

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